LES BONNES PRATIQUES DE GESTION
DE LA DOCUMENTATION EN LABORATOIRE
1. Objectif de notre article technique
Les bonnes pratiques de documentation dépassent le cadre du papier et du stylo !
La gestion documentaire repose sur 3 piliers essentiels : la confiance, la traçabilité et l’intégrité tout au long du cycle de l’analyse ou de l’examen en laboratoire.
Assurer une cohérence documentaire, éviter les doublons, simplifier la gestion des versions et garantir la traçabilité dans votre système de management qualité, est primordial pour assurer la validité des vos résultats.
Cela répond aux enjeux actuels de nombre de laboratoires : digitalisation, automatisation, simplification.
2 . Contenu de notre article technique
Voici une synthèse des bonnes pratiques de gestion documentaire dans un système qualité en laboratoire (selon les normes ISO 17025, ISO 15189, et de ce fait ISO9001 ou d’exigences GLP/BPL, GMP/BPF dans les domaines inhérent à la santé, à la sécurité, à la recherche, à la métrologie) pour différencier efficacement politique, procédure, instruction, mode opératoire, enregistrement et formulaire, surtout lorsque certaines données sont complétées manuellement, automatiquement par l’équipement, électroniquement (signature) avec des droits différents en consultation, en écriture, en validation.
Lors de vos audits externes et internes, votre réactivité est cruciale. Les bonnes pratiques de documentation exigent que les documents soient facilement localisables, consultables et reproductibles (modèle, versionning).
Ci-dessous, un schéma des différents types ou niveaux de documentation pouvant être présents au sein d’un laboratoire accrédité.
3. Les 5 types de documents au sein du laboratoire
- La politique
- La Procédure ou Mode opératoire normalisé (MON)
- Instruction (de travail) et mode opératoire (technique)
- Formulaire
- Enregistrement
4. Rôles et finalités de chaque type de document
4.1. La Politique
- Objectif : Donner l’orientation stratégique, les intentions et engagements de la direction du laboratoire
- Contenu : Grandes lignes directrices, non opérationnel, non modifiable par les équipes.
- Versioning : Contrôlé et à faible fréquence de mise à jour ; Non contrôlé si imprimé
- Utilisation : communication auprès des client du laboratoire, pour les nouveaux collaborateurs du laboratoire, pour les partenaires
- Inclut-il des données complétées ? Non
4.2. La Procédure ou Mode opératoire normalisé (MON)
- Objectif : Décrire comment l’organisation fonctionne sur un processus ou une méthode d’analyse (faisant intervenir potentiellement plusieurs parties intéressées et ressources)
- Décrire comment exécuter, collaborer, décider, informer.
- Contenu :
- En page de couverture : Titre ; Codification ; Date d’approbation ; Date d’entrée en vigueur ; table des matières
- Rôles et responsabilités, interfaces de chaque partie intéressée
- Flux de travail ; étapes principales (macro) ; processus métier
- Données d’entrée et de sortie de chaque étape
- Versioning : Contrôlé.
- Inclut-il des données complétées ? Non, mais peut renvoyer à un formulaire.
- Exemple de codification de MON : MONXXYYZZ (identification unique)
- MON = mode opératoire normalisé
- XX = numéro du MON, composé de deux chiffres (les MON 1 à 9 sont précédés du chiffre « 0 »).
- YY = FR pour indiquer la version française du MON et EN pour la version anglaise, le cas échéant.
- ZZ = deux chiffres pour indiquer la version (les versions 1 à 9 sont précédées du chiffre « 0 »).
Exemple de symbolique présente dans les MON :
| Information | Important | Conseil |
|---|---|---|
| ℹ️ | ⚠️ | ✅ |
4.3. Instruction (de travail) et mode opératoire (technique)
- Objectif : Détailler ce qu’il faut faire sur une tâche spécifique.
- Contenu :
- En page de couverture : Titre ; Codification ; Date d’approbation ; Date d’entrée en vigueur ; table des matières
- Détail les activités en lien avec une méthode et ou un équipement d’analyse : étalonnage, vérification, maintenance d’un équipement, et les ressources associées
- Etapes pour réaliser un travail
- Format : Vidéo, infographie, capture d’écran, application mobile
- Versioning : Contrôlé. Non contrôlé si imprimé
- Inclut-il des données complétées ? Non, mais peut renvoyer à un formulaire.
Proposition de SMACA :
Une instruction ≠ un mode opératoire, du point de vue lexical
mais dans beaucoup d’organisations, ils sont fusionnés.
Ce qui compte est la clarté, son utilité, sa simplicité d’utilisation,
et non sa terminologie.
4.4. Formulaire
- Objectif : Support vierge pour collecter des données.
- Permet de…
- Saisir une information
- Standardiser la collecte
- Garantir la complétude
- Assurer l’exactitude des données (sonformat)
- Versioning : Contrôlé ; A contrôler si imprimé !
- Inclut-il des données complétées ? Non, sur le document maître. Chaque copie remplie devient un enregistrement.
Proposition SMACA :
Un formulaire (vierge) ≠ un enregistrement (formulaire complété)
4.5. Enregistrement
- Objectif : Trace formelle d’un résultat ou d’une action réalisée.
- Exemples :
- Fiche de contrôle complétée
- PV de réunion complété
- Rapport d’audit complété
- Fiche de non-conformité complétée
- Versioning :
- Le modèle (vierge) est versionné = formulaire
- Les enregistrements (remplis) ne changent pas de version – Ils deviennent des preuves.
4.6. Synthèse
Un document indiquant quoi faire ≠ un document montrant ce qui a été fait
| Document | Décrit | Devient une preuve ? |
|---|---|---|
| Politique | Vision | ❌ |
| Procédure Ou Mode Opératoire Normalisée (MON) | Organisation
Responsabilité |
❌ |
| Instruction de travail ou Mode opératoire technique | Méthode détaillée
Etapes, Gestes |
❌ |
| Formulaire (vierge) | Formulaire de collecte | ❌ |
| Enregistrement | Trace historique | ✔️ |
5. Gestion documentaire : bonnes pratiques essentielles
5.1. Un seul objectif par document
Éviter les documents hybrides mélangeant procédure + instruction + formulaire + enregistrement.
5.2. Les documents descriptifs ne doivent contenir aucune donnée variable
Pas de cases à cocher, pas de dates, pas de champs à remplir. Cela évite de versionner le document à chaque nouveau cas.
5.3. Tous les champs à compléter doivent être dans un formulaire
Et chaque formulaire rempli doit être stocké comme enregistrement.
5.4. Un système de codification clair
Pour exemple :
POL-001 : Politique
PROC-XXYYZZ : Procédure ou MON-XXYYZZ : Mode opératoire normalisé
IT-XXYYZZ : Instruction ou MOT-XXYYZZ : Mode opératoire technique
FOR-XXYYZZ : Formulaire vierge
REG-XXYYZZ : Enregistrement
5.5. Gérer la traçabilité automatiquement quand c'est possible
Dans un outil de gestion électroniquement de document dans l’idéal (GED)
- Suivi des versions
- Historique des modifications
- Liens entre : instruction → formulaire → enregistrements
- Règles d’accès
5.6. Interdire la modification des enregistrements
Car un enregistrement est une preuve. Pensez à assurer la confidentialité des enregistrements.
6. Appliquer les principes ALCOA lors de vos enregistrements
Au cœur des bonnes pratiques de documentation se trouve un ensemble de principes simples et universels connus sous le nom d’ALCOA. Cet acronyme définit la norme d’intégrité documentaire dans les industries pharmaceutique et biotechnologique, et peu s’appliquer à tous domaines d’assurance qualité.
Attributable (Attribuable)
Chaque saisie doit indiquer clairement qui a réalisé une action et quand elle a eu lieu. Qu’il s’agisse d’un résultat de test ou d’un rapport d’incident, les données doivent toujours être reliées à leur auteur. Les bonnes pratiques de documentation excluent toute signature ou entrée non identifiée. L’objectif est simple : en cas de problème, un auditeur interne / externe doit pouvoir déterminer qui a fait quoi et à quel moment, sans ambiguïté.
Legible (Lisible)
Être lisible ne signifie pas seulement être propre : cela veut dire que les données peuvent être lues, comprises et vérifiées, même des années plus tard. Les bonnes pratiques de documentation exigent des enregistrements clairs, permanents et accessibles. Qu’il s’agisse d’un registre manuscrit ou d’un document numérique, imposer la clarté, afin qu’aucune information ne soit perdue ou mal interprétée.
Contemporaneous (Contemporain)
Les informations doivent être consignées au moment où elles se produisent, et non plusieurs heures plus tard autour d’un café ( 😊 ) ; le facteur temps est critique : chaque enregistrement doit refléter les événements en temps réel. Antidater ou postdater une entrée constitue une violation de conformité. Garantir que chaque donnée correspond exactement à son moment et à son contexte, assurant précision, traçabilité et défense lors d’un audit.
Original (Original)
Les copies s’altèrent, les originaux demeurent. Le principe « Original » d’ALCOA stipule que le premier enregistrement des données est celui qui fait foi. Les bonnes pratiques de documentation imposent de conserver les originaux ou des copies certifiées conformes, qu’ils soient papier ou électroniques. Prévenir toute altération ou manipulation, garantissant l’authenticité des données. L’utilisation d’outils numériques facilite grandement cette conservation ordonnée.
Accurate (Exact)
L’exactitude est le lien qui unit les autres principes. Chaque chiffre, observation ou note doit refléter la réalité. Par exemple, prévenir les erreurs de transcription, maintenir les enregistrements d’étalonnage, vérifier les calculs. L’exactitude est cruciale, car la moindre erreur dans la documentation peut avoir des conséquences majeures.


